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Tokyo, mars 1997
Descendus du métro à la station Aoyama
Ichomé, arrivés à l'hôtel Asia Center
of Japan. Où placer la virgule ? Est-ce l'hôtel ou
est-ce l'Asie qui est au centre du Japon ? Le nom est curieux, l'hôtel
aussi ! Plié dans la chambre minuscule, j'ai l'impression
d'être en transit dans une ville de province de la planète
Mars, un décor des années 70 tel qu'on l'imagine en
Union soviétique, à la fois moderne et démodé,
une sensation qu'on a rarement au Japon. Nous quittons la chambre
trop petite.
Roppongi, minuit. Plus de lumière qu'en plein jour, des néons
partout, Pigalle revu et corrigé par Ridley Scott. Un point
commun tout de même avec Paris, une tour Eiffel domine le
quartier mais elle est orange. Roppongi est probablement le seul
quartier cosmopolite de Tokyo, sur le trottoir dans des costumes
incroyables des femmes venues du monde entier, de Londres, de Mexico
ou de Sibérie, Gogo-girls, entraîneuses, prostituées
ou simplement figurantes dans ce décor...
Même jour, deux heures du matin. Au pied des deux tours jumelles
de la mairie, cinq ou six rues parallèles de maisons de bois
à un étage. Des bars les uns à côté
des autres, tous identiques sauf un, son nom suffit à le
distinguer des autres : " La Jetée ". Pourquoi
? Comment ? L'histoire est trop longue mais le symbole suffit à
exprimer le pouvoir du cinéma. Nous buvons quelques verres
dans ce bar aussi minuscule que nos chambres. Chris Marker est passé
là bien avant nous et plusieurs de ses films évoquent
sa relation à ce pays. C'est justement cette relation que
nous ne parvenons pas à établir. Les jours vont passer
et nous allons rester désespérément étrangers.
Deux jours plus tard nous quittons Tokyo en voiture pour rejoindre
Fujiyoshida, une petite ville de province, au pied du mont Fuji.
Dès que l'on quitte Tokyo, ce sentiment d'isolement s'aggrave
encore, les quelques caractères latins qui peuvent servir
de repères au centre de Tokyo ont disparu. Le GPS de la voiture,
programmé au départ de Tokyo, nous prodigue ses conseils
avisés en Japonais ! Quelques heures plus tard nous parvenons
tout de même à Fujiyoshida au pied du mont Fuji, c'est
une autre histoire qui commence, celle de notre rencontre avec Sakurai
San et sa famille.
Le début d'une vraie relation, le début du film...
ou d'un autre film que nous n'avons pas achevé pressés
par le temps, et contraint par le sujet qui nous avait rejoindre
le Japon.
Nous ne sommes jamais retournés au Japon mais chaque année
Sakurai San nous rend visite à Paris. Nous ne parlons toujours
pas japonais, il ne connaît que deux mots de français
mais nous sommes néanmoins amis. Un jour il nous faudra repartir
au Japon pour tourner un film qui rende compte de cette relation
sans pour autant que Sakurai en soit le sujet. Un film où
le Japon ne serait plus pour nous une planète indéchiffrable...
ÉPILOGUE
Deux ans plus tard, alors que nous tournions à Séville,
nous avons croisé Sakurai San et il apparaît dans les
dernières minutes du film dans l'ombre du bar de l'Alphonse
XIII, un carnet de croquis à la main...
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